Soumya Tamouro
Se reconstruire un mouvement à la fois

En mars 2025, ma vie a basculé. À la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC) subi en janvier et ayant paralysé mon côté droit, j’ai entrepris un séjour hospitalier, puis j’ai commencé à fréquenter le Centre de réadaptation en déficience physique Lucie-Bruneau. Durant six mois, j’ai eu le privilège d’y être accompagnée et soutenue par une équipe de professionnels exceptionnels.
Pourtant, le début de cette transition ne s’est pas déroulé sans embûches. À ma sortie de l’hôpital, les formalités administratives liées au transport adapté ont subi des retards imprévus, menaçant de retarder ma réadaptation à l’externe. Face à cette impasse, les équipes dévouées du Centre Lucie-Bruneau ont fait preuve d’une proactivité exemplaire. Ils sont intervenus pour accélérer le traitement de mon dossier et ont organisé des rencontres virtuelles et des visites à domicile afin d’amorcer sans attendre ma prise en main.
L’intelligence du corps et la puissance des arts
Une fois physiquement au Centre, j’ai bénéficié d’un éventail complet de thérapies : ergothérapie, physiothérapie, kinésithérapie et psychothérapie. Mon équipe a tout mis en œuvre pour que je puisse retrouver mon autonomie.
Au-delà des soins traditionnels, j’ai eu accès à des activités complémentaires qui ont agi comme des catalyseurs de guérison : piscine, yoga et, surtout, danse-thérapie, un programme précieux financé par la Fondation RÉA. Dans le mouvement dansé, j’ai d’ailleurs vécu une révélation majeure : mes gestes devenaient plus fluides, portés par le rythme. Ma physiothérapeute et ma kinésithérapeute ont intégré la musique directement dans ma réadaptation. En parallèle, la bibliothécaire du Centre m’a aidée à documenter scientifiquement les effets neurobiologiques de la musique sur la récupération neurologique, validant ainsi mon intuition par la rigueur de la recherche.
Le chemin de la quête de sens après l’épreuve
Durant ma réadaptation post-AVC, j’ai traversé ce que j’appellerais une « crise de sens ». C’est un phénomène courant chez ceux qui frôlent la mort ou voient leur intégrité physique brisée. J’avais l’impression qu’un gouffre s’était ouvert devant moi, m’empêchant de voir l’horizon. Je n’arrivais plus à me projeter, ni même à planifier ma semaine. Mon cerveau et mon corps s’étaient dissociés ; je ne savais plus si mon corps aurait l’énergie de suivre mes intentions. Cette incertitude était profondément souffrante.
« Transformer cette épreuve en mission. »

Le déclic s’est produit un jour, alors que je circulais dans le couloir du Centre avec mon déambulateur rouge — ma « Ferrari », comme je l’appelais avec dérision. En observant les photos et les citations de la Fondation RÉA sur les murs, j’ai compris que je pouvais transformer cette épreuve en mission. J’ai constaté que mes expertises en sciences, en gouvernance et en innovation pouvaient servir la Fondation. C’était ma façon de « donner au suivant ».
Aujourd’hui, je suis membre du conseil d’administration de la Fondation RÉA et usagère partenaire. J’intègre désormais la réadaptation dans mes projets de chercheuse. J’ai appris que le sens ne se trouve pas tout à fait au détour du chemin : on le bâtit brique par brique, avec la gratitude pour mortier, malgré toutes les incertitudes de la vie. Donner à la Fondation RÉA, c’est offrir à d’autres la chance de reconstruire leur propre sens.
«Donner à la Fondation RÉA, c’est offrir à d’autres la chance de reconstruire leur propre sens. »
Soumya Tamouro, survivante d’un AVC.
