Témoignage

Jeanne Carrière

Un parcours olympien dans lequel je me voyais comme une athlète.

Le 15 décembre 2021, une chute de 85 mètres m’a brisé six vertèbres cervicales et m’a plongée dans le coma. À mon réveil, à l’hôpital Sacré-Cœur de Montréal, le jour de Noël, j’ai appris que j’allais demeurer tétraplégique.

À la fin de l’hiver, j’ai été transférée à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal (IRGLM). Dès mon arrivée, la joie d’une première douche en presque trois mois et de porter autre chose qu’une jaquette d’hôpital m’a remise en contact avec la vie normale.

« L’ergothérapeute de l’IRGLM a démontré une remarquable créativité. »

Côté réadaptation, je partais de loin. Par exemple, ma stabilité dans mon fauteuil ne durait que quelques secondes. De plus, je craignais de tomber et de me blesser encore. Il y avait aussi énormément de travail nécessaire pour des opérations courantes tels les soins personnels, l’habillage et le transfert du fauteuil roulant au lit. Au chapitre de l’ergothérapie, la spécialiste de l’IRGLM a d’ailleurs démontré une remarquable créativité. Entre autres parce que mes mains n’étaient pas fonctionnelles, il lui a fallu inventer des méthodes afin que je m’alimente. 

De concert avec elle et une physiothérapeute, nous avons élaboré un programme rigoureux à réaliser en un an. Pourquoi cette échéance, alors qu’une telle réadaptation exige davantage de temps? Parce que cela me permettait de poser de nouveau ma candidature à un concours cinématographique pour lequel j’avais été acceptée au moment de mon accident.

« Un parcours olympien dans lequel je me voyais comme une athlète. »

En lien avec tout le cheminement psychologique effectué à l’IRGLM, cet objectif m’a servi de motivation constante dans ce parcours que je qualifie d’olympien et dans lequel je me voyais comme une athlète.

En octobre 2022, j’étais déjà en mesure de recommencer à travailler. Avec mes jointures, j’ai rédigé mon dossier de projet pour le concours. 

Par malchance, j’ai dû retourner à l’IRGLM l’hiver suivant à la suite d’un accident de ski et d’une infection provoquée par ma collision avec un arbre. Toutefois, après deux ans de tétraplégie et la complicité établie préalablement avec le personnel, je savais alors quels aspects je désirais améliorer.

De fait, cette proximité avec l’équipe s’est transformée en amitié au fil du temps. Par exemple, c’est un plaisir constant que de côtoyer mon aidante aux soins. À chaque rencontre, on rit, on jase, on chante, etc.

Soutenir la Fondation RÉA permet justement à des accidentés de se relever avec l’aide précieuse de gens dévoués qui nous accompagnent à chaque étape de notre démarche. 

Jeanne Carrière, 28 ans, scénariste et réalisatrice