La mémoire d’une survivante

Éveline Claire Nguepi revient de loin et témoigne de sa reconnaissance.

Originaire du Cameroun, médecin de formation, Éveline Claire Nguepi émigre au Canada avec sa famille en 2012. Elle est alors âgée de 39 ans. Moins de deux ans après son arrivée, elle entre à l’Hôpital et en ressort paraplégique. Diagnostic : neuromyélite optique, une maladie atteignant principalement la moelle épinière et les nerfs optiques.

Grâce à sa propre résilience et avec de l’aide de diverses sources, la jeune femme a retrouvé la vie qu’elle aimait. Elle démontre aujourd’hui une grande gratitude.

« Je remercie d’abord le Bon Dieu, qui m’a sortie des soins intensifs et me permet encore aujourd’hui de vivre et de bien vivre. Il met sur mon chemin de bonnes personnes et m’entoure de mes enfants, que j’appelle affectueusement « mes entraîneurs professionnels ».

Je cherchais depuis longtemps comment crier sur toutes les tribunes ce que le Centre de réadaptation en déficience physique Lucie-Bruneau a fait et continue de faire pour moi. Merci également à la Fondation Réa de me permettre de respirer. »

La persévérance rapporte gros

« Lucie-Bruneau m’a donné mon essor (et je ne suis pas prête de m’arrêter en si bon chemin…). Là où d’autres concluaient que je resterais de même parce c’est une maladie dégénérative, l’équipe de Lucie-Bruneau a démontré de la patience.

Le mot Merci est trop petit et presque insignifiant pour exprimer ma gratitude aux institutions gouvernementales et aux différents programmes.

Merci à Brigitte Pelland, éducatrice spécialisée, par qui j’ai connu Lucie-Bruneau en 2015. Elle m’a référée au Centre communautaire Radisson, où j’ai rencontré des jeunes qui vivaient la même réalité que moi. J’y ai vite compris que je n’étais pas seule dans cette situation. Qu’on pouvait vivre ainsi et bien vivre. J’y ai repris des activités physiques, gymnastique douce et yoga adapté, que je pratique encore avec passion. En plus de nombreuses autres activités (ergothérapie, physiothérapie, kinésiologie, conduite adaptée, Clinique grands-parents plus,…).

Merci à toute l’équipe du programme des aides techniques à la mobilité et à la posture. Merci pour mon compagnon de misère qu’est mon fauteuil. Merci aux ergothérapeutes, mécaniciens, préposés à l’accueil et à l’entretien, et aux autres. Grâce à eux, je fais ce que je désire et je vais où je veux avec mon fauteuil : épicerie, rendez-vous, activités, sorties, etc. Je suis une mère et une mamie à part entière. Je suis comme Madame-tout-le-monde. »

Recommencer à fonctionner

« Merci aux intervenants et aux participantes du groupe « Estime de soi ». Je traversais une période sombre et difficile quand j’ai commencé à le fréquenter. Ils m’ont appris à reprendre confiance en moi. À savoir exprimer mon « oui » et mon « non ». À m’éloigner de ce qui m’empêche d’avancer. À exprimer quelque chose qui me tient à cœur. J’ai repris ma gym quotidienne, une activité qui avait longtemps fait partie de ma vie. La communication est devenue facile avec mes enfants et tous les gens que je rencontre. J’ai recommencé à fonctionner comme avant en matière d’objectifs dans tous les aspects de ma vie, en me fixant des délais et en allant chercher les ressources nécessaires.

Merci à Karianne Lemay. Elle a trouvé tous les outils pour me rendre plus fonctionnelle dans cet espace que j’aime le plus dans ma maison, la cuisine. Un gros merci d’avoir accepté de consulter un physiothérapeute concernant le transfert de mon fauteuil sans lève-personne.

Merci à Viviane Nhu Tram Trinh d’avoir continué sur la même lancée que Karianne. Merci de sa complicité. Pour tout ce qu’elle a fait pour moi. Je ne pourrai jamais tout citer à cet égard. Mais je n’oublie pas que, désormais, je peux me débrouiller pour me changer si je suis mouillée. Cela me permet d’être plus à l’aise dans mes relations sociales. »

Pouvoir rêver de nouveau

« Merci à Isabelle Forget, Nancy Turcot et Viviane Nhu Tram Trinh. Malgré la Covid, elles m’ont accompagnée dans mon nouveau rôle de mamie.

Merci à Billy Ann Houle, kinésithérapeute.

Merci aux physiothérapeutes Elyin, Vi et Wahiba. Avec leur coordinatrice, elles continuent de me garder en réadaptation. Mon corps n’est pas indifférent à leur persévérance. La preuve est que je me suis débarrassée du lève-personne et que je commence à marcher avec un déambulateur.

Merci aux ergothérapeutes de conduite automobile et au moniteur de conduite, Mario. Ils me font rêver de pouvoir conduire une voiture un jour.

Merci aux travailleurs sociaux. »

Reprendre contact avec son corps

« Merci à Brigitte Lachance et à tous les intervenants du programme de danse. J’adore danser et écouter de la musique même si je ne comprends pas les paroles. Je me suis reconnectée avec mon corps. Avec eux, je vois désormais le sol pas comme un danger, mais comme un partenaire. Grâce à ce programme, j’ai participé à une recherche, et avec la prime de participation, j’ai pu me rebâtir une garde-robe pour ne jamais oublier. J’ai dansé aux Grands Ballets canadiens et j’ai participé à l’enregistrement d’un documentaire à Télé Québec, La danse au service de la santé.

Merci à tous les préposés à l’accueil de Lucie-Bruneau qui me reçoivent toujours chaleureusement.

Aux préposés à l’entretien qui gardent l’endroit propre et ne se lassent jamais de nettoyer après le passage de mon fauteuil motorisé en plein hiver.

Merci à la Fondation RÉA pour mon inscription à Viomax, un centre de conditionnement physique adapté.

Merci à tous les participants des différents programmes que j’ai eu le privilège de côtoyer.

Merci à tous les responsables qui travaillent dans l’ombre.

Merci à vous tous qui continuez de travailler en pleine pandémie. Vous êtes nos héros!

Enfin, merci à tous les généreux donateurs à la Fondation RÉA. »

Eveline Claire Nguepi
Atteinte de neuromyélite optique depuis 2014